Bienvenue dans le vif du sujet…

Que le temps file ! Voici plus d’un mois que nous avons posé le pied sur le sol tchadien et que nous nous familiarisons avec notre nouvelle vie. On ne vous cachera pas qu’elle n’est pas toujours facile et que nous traversons des moments de doute aussi bien que d’enthousiasme… certains appellent cela le « choc culturel » et ce qui est rassurant c’est qu’il paraît que c’est normal !

Nous venons de vivre une semaine particulièrement éprouvante et forte en émotions.

A partir de vendredi passé, nous étions chargés de gérer l’orphelinat seuls avec Jonathan ; car Sébastien, Juliette, Noémie et Dimitriy partaient pour une mission au Sud sur la ferme du Moringa. Pour nous, il devait s’agir d’un exercice… qui s’est vite révélé être un « parcours du combattant » ! Heureusement que les employés tchadiens étaient à nos côtés et il faut voir le positif : on a pleins de choses à vous raconter ! Voici en résumé les événements qui ont marqués nos esprits la semaine dernière :

Vendredi 16.11

Les 4 autres expats ont quittés l’orphelinat tôt le matin. A notre lever, nous apprenons que le mur de l’orphelinat longeant la route (très fréquentée) allait être détruit le 20.11, c’est-à-dire 4 jours plus tard. Une société de ligne à haute tension veut construire une ligne qui passe juste vers l’orphelinat. Comment apprend-on une telle nouvelle au Tchad ? Eh bien, un jour on trouve de grandes croix badigeonnées sur le mur avec la date de destruction.

Avec le responsable administratif nous avons pris toutes les dispositions possibles pour éviter que cela se passe tout de suite et négocier le dédommagement (reconstruction du mur, terrain,etc.). Jon et le responsable se sont rendus au bureau de la coordination des travaux pour défendre leur position. Nous avons également écris une lettre au directeur du bureau des travaux et à la première dame du Tchad afin de mettre toutes les chances de notre côté. On aimerait quand même avoir le temps de refaire le nouveau mur pour la sécurité des enfants et afin qu’on ne nous dévalise pas pendant la nuit… En même temps, il faut commencer à voir comment on va reconstruire le nouveau mur 6m à l’intérieur de la concession. En plus de tous ces défis, la vie quotidienne de Béthanie continue avec son défilé d’employés avec leurs diverses demandes et les nouveaux cas d’enfants orphelins qui se posent.

Samedi 17.11

L’infirmier en chef, Obed, nous annonce qu’une enfant a dû être hospitalisée pendant la nuit en raison de convulsions (elle avait déjà eu une atteinte au cerveau et était retardée mentale). Heum, ça se passe comment une hospitalisation au Tchad ? Ah bon on ne te donne pas à manger ? Ah et il n’y a personne qui s’occupe de l’enfant ?  Ah bon, il faut donc trouver quelqu’un qui reste avec l’enfant jusqu’à sa sortie de l’hôpital ? Ici on en apprend tous les jours… 😉 Ensuite c’est une fille de 15 ans séropositive qui est venue avec son enfant de 2 mois, son mari venait de décéder du Sida et sa famille l’avait rejetée. Que faire ? Ce n’est pas un cas que nous pouvons accepter… les services sociaux sont tous en grève… finalement, après maints téléphones nous trouvons un service social qui est d’accord d’accueillir la jeune fille… Il faut continuer à se battre pour que le dossier du mur ne prenne pas une mauvaise tournure, nous avons très peur que les bulldozers arrivent mardi 20 et qu’on se retrouve sans mur… Avec tous ces événements, les 4 autres qui étaient descendus au Sud décident de remonter plus vite que prévu afin de nous prêter main forte, ouf, je crois que sinon j’aurais pris le prochain vol retour, haha ! Ils arriveront donc dimanche soir…

Dimanche 18.11

C’est un peu plus calme, il faut simplement s’occuper des machines à laver, qui est un travail quand même conséquent avec toutes les couches et habits des enfants à laver…

 Lundi 19.11

Avec le retour de nos amis nous sommes moins débordés et le dossier du mur avance bien. La directrice générale des affaires sociales nous rend même visite et nous assure de son soutien pour que le mur ne soit pas détruit immédiatement. Encore 2 jeunes gens passent à Béthanie parce que leur sœur vient de décéder et ils n’ont pas moyen de s’occuper de l’enfant…Les situations difficiles se succèdent, je pense qu’il nous est très compliqué de les comprendre vraiment avec notre point de vue européen, ce qui ne nous simplifie pas la tâche lors de la prise de décision. En même temps, les travaux du mur commencent : démontage de certains bâtiments, premiers camions de sable, creusage des fondations, fabrication des briques sur place, etc.

 Mardi 20.11

La journée s’annonce noire, je reçois un appel d’Obed à 6h du matin que la petite Louange qui était à l’hôpital a rendu l’âme ce matin. Quelle tristesse… et en même temps nous savons tous que pour elle la vie au Tchad aurait été très très difficile avec son handicap, d’une certaine manière c’était sûrement une délivrance pour elle… Certains d’entres-nous se rendent à l’enterrement qui a lieu le matin même, les autres continuent le travail à Béthanie.

Il faut notamment déposer une demande à la centrale électrique voisine qui nous fournit l’électricité. En raison de l’accélération des travaux des murs, celle-ci risque de s’en aller encore plus rapidement que prévu et nous laisser sans électricité (une partie de la journée puisque nous fonctionnons également avec nos propres génératrices à certains moments). Il y aurait éventuellement une possibilité de se brancher sur leur réseau qui se trouve en face.

Mercredi 21 et jeudi 22

Les enfants sont magnifiques avec leurs habits de fêtes !

Le mercredi soir à 19h nous avons appris que la ministre des affaires sociales nous rendrait visite le jeudi matin à 8h30 en nous apportant un don ! Ce matin là, Béthanie ressemblait à une fourmillère : tout le monde s’active pour nettoyer et préparer la place, les habits de fête des enfants sont sortis, un bouquet de fleur est acheté, les panneaux de remerciements sont sortis, etc. Le don est apporté par camion avant que Madame arrive, qui arrive avec quelques heures de retard accompagnée de la télévision. Les enfants comprennent bien que la situation est spéciale, ils se tiennent bien sages et sont tellement impressionnés qu’aucun son ne sort de leur bouche lorsque c’est leur tour de chanter un chant… Ismaël a été le plus audacieux, quand le sinalco a été servi à Madame la Ministre, il s’est rendu vers elle, qui lui a bien sûr offert la bouteille, bien joué petit !

Madame La Ministre des Affaires Sociales

Malheureusement la journée se termine plutôt mal pour Noémie et moi. En effet, cela fait 3 semaines que nous nous rendons en ville le jeudi soir pour suivre un cours de step. Les 2 premières fois, les hommes nous avait accompagnées car conduire au Tchad n’est pas une mince affaire, de nuit on n’en parle même pas ! Les motos circulent de tous côtés, dépassent à gauche et à droite et la nuit beaucoup n’ont pas de lumière. Cette 3ème fois, nous nous y sommes rendues seules et en rentrant du cours j’ai voulu tourner à droite à un carrefour, j’avais mis le clignotant mais je n’ai rien vu dans le rétro et comme c’est une fourgonnette il n’y a pas de vitre à l’arrière… un motard me dépassait par la droite et nous l’avons percuté ! Heureusement que je ne roulais pas vite, ce n’était pas trop grave mais j’étais bien choquée. Nous nous sommes rapidement arrangés à l’amiable pendant qu’un attroupement se formait et nous avons déguerpit… il vaut mieux quand on est 2 femmes blanches ici ! N’empêche que je vais réfléchir à 2 fois avant de reprendre le volant…

Fin de la semaine

Vendredi, les travaux de rénovation des toits, supervisés par Jon et Dimitriy, sont stoppés en raison du début des travaux du mur. Un nouveau petit garçon a été accueillit, il s’appelle Julien, sa maman est décédée à la suite de l’accouchement et comme il est issu d’une relation hors mariage, c’est assez compliqué dans la famille…

Suite à toutes ces émotions, nous étions très heureux Jon et moi de pouvoir prendre un peu de repos à partir de vendredi après-midi. Nous en avons profité pour nous rendre à un festival de musique, faire la grasse matinée samedi et faire quelques courses au marché.

Anecdotes

Voici en image, quelques autres événements qui pimentent notre quotidien (nous rappelons que les enfants n’ont pas le droit d’apparaître de façon reconnaissable sur notre blog, sinon nous vous les présenterions volontiers !)

Nos amis les ânes, Bourriquet et BJ (Bourriquet Junior !), nous saluent toujours avec enthousiasme et braiements bruyants. 3 petits cabris sont aussi venus agrandir la ménagerie de Béthanie.

Nous vous présentons un de nos « gros-gras », qui fait partie de la famille de geckos blancs partageant notre appartement. A part qu’ils font des grosses crottes partout (y compris dans l’armoire à habits) et nous font peur en nous passant sur les pieds, ils ne sont pas très dérangeants, mais je les préfère quand même dehors… En voulant en chasser un dehors à coups de balai, je lui ai malencontreusement arraché la queue, qui continuait alors à bouger toute seule, mmmh, appétissant !!!

Les margouillats font partie de notre quotidien, ils grimpent partout et sont très drôles avec leur mouvement de tête… Il nous est également déjà arrivé à deux reprises de devoir faire sortir un crapaud qui était entré dans notre appartement, à mourir de rire, surtout quand en même temps tu as encore une panne d’électricité !

Comme c’est la saison froide, pour les Tchadiens il fait trop froid et sortent en doudoune et bonnet… nous on a toujours bien assez chaud en T-shirt et c’est pas sans raison puisque selon la météo de TV5Monde, N’Djamena fait toujours partie des villes où il fait le plus chaud de la planète (36°C). Bien que pour les Tchadiens il fasse trop froid, il nous arrive de profiter d’un petit plongeon dans la petite piscine de Béthanie ! Comme la piscine est ronde on fait des gros tourbillons en courant tous en rond… on s’amuse comme on peut !!!

A bientôt pour les prochains épisodes de l’aventure !

Pour l’équipe

Yveline

2 Replies to “Bienvenue dans le vif du sujet…”

  1. Je vois que vous avez beaucoup à faire et que le courage ne vous manque et vous porte lors des moments plus difficile.
    Ces expériences vous rendront plus forts et plus souples à la foi, la compréhension des autres et de leur manière de vivre ne s’apprend vraiment qu’à leur contact et l’enrichissement qu’ils nous procure ne se mesure qu’une fois notre esprit débarrassé de nos certitudes.
    Je vous souhaite un séjour plein de surprises, d’amitié et de compassion pour ces enfants dont vous vous occupez si bien.
    Prenez garde à vous, bises, yvan

  2. Coucou les amis

    Quelle frisson en lisant ton article avec ta mésaventure en voiture. Ma pauvre il y a de quoi avoir des sueurs froides! Contente de savoir que c’est + de peur que de mal et que vous vous êtes débrouillées comme des cheffes les 2 miss 🙂

    Et trop sympa tes petits geckos 🙂 je t’imagine devant cette queue qui bouge encore hihi ma pauvre.

    Je pense très fort à vous et suis contente de voir que vous arrivez à tout prendre avec bonne humeur….. continuez comme ça!

    Plein de bisous

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